Acné excoriée : "en-quête" d’un espace propre

Mercredi 28 juin 2017

   Acné excoriée : "en-quête" d’un espace propre

Ces personnes atteintes dans leur chair, dans leur peau se vivent comme de véritables éponges ; tout les traverse. Elles sont dans l’incapacité de mettre l’autre à distance et toute séparation est un véritable dilemme et engendre un intense conflit interne. Ne pouvant être dans aucun mouvement relationnel, débordées par toutes émotions, elles font comme un pas de côté, arrêtent le temps et vont dans cet espace-peau résoudre leurs débordements.

 Les sujets souffrant d’acné rebelle, notamment quand elle s’installe à l’âge adulte, semblent investir leur peau de manière plus narcissique que libidinale.

A l’adolescence, le sujet doit faire le deuil d’un corps  androgyne.  Les bouleversements observés à la puberté : taille, poids, qualité de la peau, des cheveux, provoquent parfois  des angoisses.

Cette transformation de leur corps peut engendrer différents symptômes comme des troubles obsessionnels, des troubles du comportement alimentaire. Souvent, ce passage est difficile, voir douloureux mais pour ces personnes il semble indépassable.

Elles ont  besoin de posséder une enveloppe invulnérable, lisse sans défaut.

La peau devient le lieu où va se jouer ou rejouer une scène qu’ils n’ont pu dépasser. Peut être parce qu’ils ont été contraints, qu’ils se sont sentis impuissants. Leur corps a comme été empêché. Leur peau devient le lieu où ils vont régler leur compte.

  La peau : lieu de règlements de compte

La plupart des sujets ayant de l’acné s’abîment, « tripotent » leurs boutons, croûtes et cicatrices. Mais pour certains cela va se ritualiser, on parle d’excoriation.

 Il y a à la fois un dégoût et une certaine jouissance dans cette attitude dont ils disent ne pouvoir se défaire. Souvent ils n’ont pas conscience de leur geste. Il y a comme une impossibilité à résister: si un bouton ou quoique soit affleure, il faut qu’ils l’enlèvent pour rendre à leur peau un aspect lisse, parfait alors qu’ils ont conscience, que cela ne fera qu’empirer leur état.

La douleur provoquée par l’excoriation, capte l’esprit du sujet ; sa souffrance a trouvé un lieu. La peau devient l’espace de tous les règlements de compte, où le sujet va gérer ses débordements émotionnels. Dans ce passage à l’acte quelque chose fonctionne en réponse à une impuissance plus profonde. Le sujet submergé par un sentiment de malaise plus ou moins conscient, en perçant trouant arrachant, agit et apporte une détente, un apaisement.

Tant que le sujet regarde ses boutons, les perce les arrache puis soigne ses blessures, le temps s’est suspendu. Il a perdu conscience parfois du lieu où il se trouve, il s’est oublié, il a arrêté de penser : il en ressent un soulagement !

 Il y aurait donc pour ces hommes et femmes une forme d’activité psychique qui se traduit par cette emprise sur l’objet “ peau acnéique ” en leur assurant peut-être une certaine organisation de leur psychisme.

Chez les femmes surtout, il semble exister comme un besoin de garder leur peau à portée de main, l’objet ne peut être lâché. La fixation à cet objet-peau empêche le sujet de faire le moindre  renoncement, le moindre deuil, le moindre mouvement, choisir peut être un supplice. Ce qui se traduit par un arrêt du temps. Dans cet espace de l’excoriation le sujet est comme à l’abri : il passe à l’acte, sans que rien ne bouge. Là il peut jouer et rejouer ses tensions, et s’en déprendre.   

Cette peau abîmée  a mis à distance les autres. Or il s’agit bien de ne laisser personne approcher. Incapable de gérer les conflits, elles sont en difficultés face à toute demande.

Dire non, c’est prendre le risque d’être rejetées par l’autre, de le perdre, d’être abandonnées ; ce qui leur est  impensable.

Angoisser à l’idée de dépendre, ces personnes veulent tout régler par elles même. Elles sont pour la plus part perfectionnistes et rarement satisfaites d’elles. Laisser l’autre vous toucher, c’est montrer sa défaillance c’est avoir le sentiment de se faire « a-voir » une nouvelle fois. Préférant souvent la fuite, s’excorier la peau, leur permet cet écart, cet échappement.

Ce qui est mis en lumière c’est que cet acte d’excoriation rejoue une impossibilité à se séparer, à mettre distance.

Ces personnes manquent d’une peau qui ferait limite entre le dedans et le dehors, elles semblent comme des éponges, absorbant toutes émotions de leur environnement. Tout se passe comme si il n’y avait pas eu de construction d’un espace propre, d’un espace intérieur, de leur espace d’intime.

 Ces attaques de leur peau sont une traduction d’un essai vain d’emprise sur ce temps qui passe, provoquant une répétition sans fin de leur geste. Pourtant, cette attitude perçue souvent par leur entourage comme une destruction, est une stratégie à vivre.

Pour ces « personnes-éponges » sans espace propre, cette stratégie n’est pas à juger ni à critiquer. Elle est révélatrice de se qui se doit d’être reconstruit : leur espace d’expression, leur espace corporel, un espace où se permettre d’être, d’y être, de s’inscrire dans le présent, psychiquement et physiquement, de prendre corps.

 

 

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