Sûreté sécurité

Dimanche 3 mars 2013

Besoin de sécurité de sûreté?

LA SECURITE: «Je nʼai plus aucun espoir pour lʼavenir de notre pays si la jeunesse dʼaujourdʼhui prend le commandement de demain...Notre monde atteint un stade critique... La fin du monde ne peut être loin»
(Hésiode, VIIIème siècle av JC)

Se poser la question de la sécurité cʼest envisager lʼinsécurité.
Réfléchir au sens du mot sécurité, interroge déjà sur sa fonction, puis son genre, sa forme.
Il nous faudra rendre compte, des origines de ce mot...En quelques sortes mettre en lumière des points de vue historique, socio-politique et psychologique.
La sécurité en langue française est un nom commun féminin. le sécuritaire est masculin et évoque tout autre chose. Ce mot est généralement employé, au singulier; on parle peu ou pas des sécurités; il semble quʼil ne puisse avoir quʼune sécurité, pour tous et globalement puisque, on parle de «sécurité dʼentreprise» prise comme lʼobjet dʼun tout.
Dans les pays anglophone, on parle de «safety», pour évoquer la sécurité, le mot «security» évoquant lui la sérénité. Sʼagit-il dʼêtre rassuré, protégé,sauvé...? Nous sentons-nous:»secure» ou «insecure»?
Sécurité ou sûreté?
Se sentir en sécurité met lʼhomme à lʼabri de tout péril, tandis que le mot «sûreté» renvoie à des situations plus concrètes, comme le principe de précaution.
La langue française a fait évolué différemment ces deux termes issus du latin: "securitas" mais sont restés complémentaires.
Depuis le XVIIIme siècle, le mot sécurité va petit à petit sʼimposer par rapport à la «sûreté» qui régresse, cela sans doute du à lʼavènement des démocraties contemporaines et lʼavènement de lʼindividualisme, privilégient lʼaffect. On se sent ou pas en sécurité ou en sûreté...Cette «sûreté» objective» a-t-elle diminuée ou sʼagit-il de
«sécurité»?
Exemple: Mettre un enfant dans un maxi-cosi est devenu obligatoire pour la «sûreté» de lʼenfant dans une voiture...Mais le fait quʼil soit en «sûreté» ne dit pas sʼil est en sécurité.
Le parent est tranquille, lʼenfant est tranquille mais cela nʼapaisera pas son sentiment dʼinsécurité interne, seul sur son siège, sans mot et sans câlins....
Une prise de risque sportive par exemple, peut être perçue comme dangereux, alors que le sujet va renforcer son sentiment de sécurité, par cet acte quʼil lui prouve quʼil a des capacités physiques....
A contrario, lʼenfant devant son ordinateur chez lui, est en sûreté mais coupé du monde, du réel et nʼacquiert donc pas une sécurité intérieure.
il existe un malaise certain dans nos cultures où la quête de sécurité se traduit par une mise en sûreté du sujet...Mais ce dernier semble toujours «précaire».
Actuellement, les individus associent leur insécurité à la crise et sont dans une demande, évoquée comme un droit, dʼun «avoir» de sécurité, dʼaide, de prise en charge, ils ont peur...Il est exacte que cette ambiance délétère socio-économique renforce cette demande quasi sécuritaire...
Pourtant ces phénomènes ont toujours existé...la peur est le corollaire de ce besoin de sécurité.
Avons nous besoin dʼêtre protéger, rassurer, serions tous nus face au monde?
Quʼest qui fait peur,violence?
Il y a toujours des invariants, mais cette fin du monde, est surtout la fin dʼun monde; cette sécurité demandée, criée, cʼest la peur de perdre, dʼêtre débordé, de ne plus exister, de perdre sa place, de devoir la laisser...
Nos sociétés sont vieillissantes..
La sûreté peut redonner du contour des formes, réellement et symboliquement... Face à cet effacement du corps, un vêtement, une automobile, une maison, remodèlent entourent, protègent inscrit lʼhomme en perdition...Attaché à une marque un travail etc... il a été. Il appartenait à un corps familial, social qui lui donnait ce contour...
Aujourdʼhui fragile démuni, il veut une carapace forte et douce...Les frontières, les limites ont disparu...Il veut de la sécurité voir sûreté,sociale, pénitentiaire, routière, de la retraite..quelle débâcle!
Enveloppe sociale qui lʼinscrit dans un groupe...Il nʼest plus seul...La sécurité signerait une demande face au constat dʼune insupportable solitude. Il nʼest pas un solitaire par choix, il est seul, même pas rejeté par les autres, il nʼexiste plus, il est effacé. Il nʼest pas;
Sans aide, son tissu familial, de solidarité sʼest délité; lʼhomme est vraiment nu...
La tentative exponentielle de création de réseaux sociaux, même virtuels en est un des constats...Sʼaccrocher, sʼinscrire nʼimporte tout pour appartenir et croire que lʼon est...Il est...dans la «toile»!
Où, comment retrouver cette «force tranquille»? Dʼoù vient ce besoin dʼêtre rassurer, dʼêtre sécurisé? La ceinture de sécurité, les quartiers de haute sécurité, donnent lʼidée dʼune sûreté, mais ne rendent pas le sujet serein.
A lʼorigine lʼhomme naît incomplet, défaillant et dépendant. Sa construction passe par une prise en charge qui va lʼentourer, le protéger, le nourrir, le bercer, le calmer...Puis doucement il va apprendre à de détacher.
Lʼéducation donne «des racines et des ailes»...
Cette transmission ne se passe pas toujours très bien et nombreux sont ceux qui nʼarriveront jamais, ni à se conduire, ni à conduire tout seul...dans nos sociétés la transmission est faites par des «vieux», qui ne sont plus des sages, qui ont peur du lendemain et qui ont passé leurs angoisses aux jeunes, à qui ils ont demandé dʼêtre
responsables, tout en ne leur laissant pas la place pour grandir... Cette extrême concentration ont donné le sentiment aux hommes dʼêtre en danger. Ils sont tétanisés, angoissés par tout mouvement, tout changement!
Changer, serait perdre...il nʼy a plus lʼidée dʼune transformation positive .Lʼ évolution de nos sociétés donc de lʼhomme,est devenue une angoisse...Tout se passe comme si le temps devait sʼarrêter...
Cette inversion du temps, vieux avant dʼêtre jeunes-jeunes pour ne pas être vieux, semble provoquer une angoisse de moins en moins souterraine et qui sʼexprime par une violence hétéro et auto agressive où le passage à lʼacte est recherché afin de trouver lʼapaisement.
Apaisement; le trouve-t-il par cette sécurité? Doubler les fermetures, codes, blindages maisons, immeubles, voitures,santé, justice etc..lois protectrices avec de plus en plus de prise en charge...Prêt à perdre de la liberté pour plus de sécurité; ne rien voir, ne rien entendre, être au calme, ne pas vivre par peur, non de mourir, mais de défaillir...De perdre, de ne plus contrôler, de devenir dépendant!
Or en fuyant la perte, la dépendance individuelle, lʼhomme se fait objet sociétal.
La peur de perdre est, à lʼorigine de ce besoin de sécurité où, le sujet va se perdre.
Mais cette sécurité demandée a des limites, il ne va rien leur arriver, non rien, plus rien!
Ils survivent mais ne vivent pas. Lʼénergie vitale a désertée, le désir trop fragilisant, pas assez sécurisant, est «préféré» aux pulsions qui remplissent instantanément notre vide...
Mais cette «sûreté- sécurité» nʼapporte pas non plus la sérénité.

On perçoit aujourdʼhui que les pulsions comme les passages à lʼacte vers les autres ou retournés contre soi, comme la boulimie, lʼanorexie, les différentes toxicomanies, le «cutting» etc...sont toutes des psychopathies qui sont de vaines recherches dʼapaisement.
En travaillant autour des ces constats, il serait intéressant dʼen prendre conscience, Il nous faut repenser, à lʼenfant, au «handling», «holding» «nursing» qui lʼa construit,évoqués par Donald Winnicott . Il ne sʼagirait pas de coller une posture comme le «care» qui régresse et engraisse lʼhomme, mais de travailler avec notre précarité, puisque nous sommes mortels...Nous pourrions à nouveau avoir en-vie, prendre des risques,
innover sans peur, désirer et être désirer... Vivre et mourir enfin!

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